Collages

coupé du monde

Sous le titre Coupé du Monde sont réunis des collages de coupures du quotidien « Le Monde ». Débarrassés de tout élément permettant d’identifier leur contexte d’origine, ces assemblages fonctionnent comme un journal intime de tout le monde. Cette technique poétique, héritée des Cadavres exquis des Surréalistes, laisse la place à la trouvaille, la surprise, l’éblouissement et entretient un rapport à la vérité comme dévoilement, révélation. A l’ère numérique, ce geste graphique, réduit à son extrême simplicité et à sa fragilité, est une forme de couper/coller anachronique, mais la disposition des coupures, dans la page et entre elles, reste importante. Les proportions et les contrastes, les décalages et les alignements, les oppositions et les parallélismes donnent à voir. La typographie originelle et le papier journal gardent un fort pouvoir d’évocation (jusqu’à quand ?) : le monde et son actualité y persistent malgré l’intimité du propos, tandis que l’auteur semble disparaître dans l’anonymat d’un corbeau ou d’un maître-chanteur. Si la « rencontre fortuite » dont parle Lautréamont est le moteur de ces associations, le résultat n’est plus le fruit du hasard et s’apparente à une littérature sous contraintes, amie de l’Oulipo. L’auteur ne garde que ce qui lui est apparu sensible, pour interpeller le lecteur : j’ai ressenti ça, le comprends-tu ? L’as-tu vécu, toi aussi ? Nous avons cette expérience humaine en commun. L’auteur a publié un premier recueil de cinquante collages sous le titre « Ciseau-Oiseau », livre d’artiste sérigraphié en 50 exemplaires numérotés sur les tables de l’Atelier deux-mille, à Toulouse en juillet 2010.

Roman-feuilleton

Trigorine seul

Marylin Minski est le nom d’une intelligence artificielle dédiée à la littérature et libérée à au début des années 2020. Un professeur de lettres de banlieue, aussi modérateur d’une encyclopédie en ligne sous le pseudo Diderobot, rend compte des activités envahissantes de l’algorithme autonome dans la vie littéraire française. Un second narrateur apparaît dès le chapitre 5 : Antoine, le fils de Diderobot, que l’on retrouve dix ans plus tard dans un chalet isolé au bord d’un lac artificiel, en proie à d’étranges troubles mentaux. Marylin Minski est un roman-feuilleton entrepris en janvier 2018 publié en ligne par chapitres au fil de leur écriture, sans fin déterminée. Ce romans d’anticipation tente d’élucider le sens d’une vie dans nos sociétés en suivant cette proposition de William Gibson : « je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine ». Très souvent, la narration suit avec rigueur La Mouette de Tchekhov ou parodie L’Enfer de Dante. Chaque chapitre est illustré par des images tirées des collections publiques du site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France, à laquelle l’auteur témoigne sa reconnaissance et son admiration. La voix de Diderobot est illustrée par des photos en couleur, en particulier des mises en scène de La Mouette de Tchekhov et de En attendant Godot de Beckett. Le propos d’Antoine est illustré par des photos en noir et blanc, tirées entre autres des archives des agences de presse. D’autres narrateurs apparaîtront dans ce roman à vocation polyphonique. Au 29 mars 2018, 13 épisodes sont disponibles.

Photoromans

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Sous l’onglet Photoroman, l’auteur présente des opuscules (opusculum : petit ouvrage) d’une vingtaine de pages (format A6 ou carte postale) et autant d’images piochées dans les collections de Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France et d’autres catalogues publics associés. L’auteur ne modifie aucune image, n’ajoute aucun phylactère et s’astreint à identifier et à saluer ses contributeurs involontaires à la fin de chaque brochure. Cet exercice de littérature sous contraintes, en partie inspiré de l’art narratif du roman-photo, est un travail de détournement et d’assemblage de sources du domaine public que les termes anglais mashup et public domain remix désignent assez bien. L’auteur construit une narration à partir d’images sans lien a priori et autour d’un thème d’actualité. Ces petits cahiers, ou diaporamas, adaptés à la lecture sur tablette ou smartphone, sont donc des chroniques du temps présent illustrées par des images du passé. La confrontation abusive entre un sujet actuel et des images anciennes donne au propos un aspect saugrenu, cocasse, parfois outrancier, dans l’espoir de susciter le rire, l’émerveillement, peut-être le vertige, et toucher cette vérité que véhicule la caricature quand elle vise juste.

Avatar

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L’auteur utilise comme avatar cette photo de Clem Sohn, célèbre parachutiste acrobatique des années 1930, né aux États-Unis en 1910. Nous le voyons ici à l’aérodrome de Buc dans les Yvelines le 19 avril 1937, présenter une combinaison de son invention en toile zéphyr. Wikipedia nous apprend que ses ailes étaient renforcées par une armature en tubes d’acier et étaient fixées à ses hanches selon un appareillage conçu pour éviter une ouverture trop rapide des ailes qui lui aurait déboîté les articulations. Entre ses jambes, un pantalon large formait une autre surface portante qui remplissait un rôle stabilisateur analogue à celui d’une queue d’oiseau. Il fut surnommé The Batman (l’homme chauve-souris) à cause de ses grosses lunettes de vol. Moins d’une semaine plus tard, le 25 avril 1937, lors d’un meeting à Vincennes, arrivant à environ 250 mètres du sol après une chute libre de près de 6000 mètres, il tentera d’ouvrir son parachute, en vain, et s’écrasera devant cent mille spectateurs. L’auteur a pioché cette image dans le catalogue Gallica pour sa puissance symbolique, l’Icare de la mythologie, et son aspect cocasse, mais aussi pour le qualificatif d’homme-oiseau, qui évoque autant l’envol poétique que la technè de la création, et finalement la vaine ambition humaine.